Pourquoi l’Afrique a besoin d’un cadre d’IA inspiré par l’Ubuntu
L’intelligence artificielle (IA) devient rapidement une technologie fondamentale, comparable à l’électricité ou à Internet. Comme les technologies précédentes, elle promet des gains de productivité, de nouveaux services et une croissance économique. Cependant, l’histoire montre que ces technologies ne se diffusent que rarement de manière uniforme. Elles ont tendance à récompenser d’abord ceux qui disposent de capital, d’infrastructures et de capacités institutionnelles, creusant souvent les écarts avant qu’une convergence ne se produise.
Un exemple classique de ce schéma est l’adoption de l’électricité à la fin du 19e siècle. Les gains de productivité majeurs de l’électricité ont émergé des décennies après son invention, bénéficiant initialement aux grandes usines urbaines capables d’investir dans de nouvelles machines, tandis que les petites entreprises et les zones rurales prenaient du retard. Cette diffusion inégale a d’abord élargi les disparités économiques.
Le rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) avertit que, sans choix politiques délibérés, l’IA risque d’intensifier les inégalités entre et au sein des pays plutôt que de les réduire. L’impact de l’IA dépendra des choix faits maintenant concernant les investissements, la gouvernance, les compétences et la participation à la conception de ces systèmes.
Des points de départ inégaux, des résultats inégaux
Le PNUD identifie trois canaux par lesquels l’IA peut façonner l’inégalité : les personnes, l’économie et la gouvernance. Dans ces trois domaines, les points de départ sont cruciaux. Les pays disposant d’une électricité fiable, d’une connectivité de haute qualité, d’infrastructures informatiques et d’une main-d’œuvre qualifiée sont en mesure de capter les premiers gains. D’autres risquent un ralentissement de l’adoption, une performance systémique plus faible et une dépendance croissante aux technologies développées à l’extérieur.
Beaucoup de pays africains sont confrontés à des lacunes en matière d’infrastructure numérique, d’accès limité à l’informatique, de pénurie de compétences spécialisées et de capacités réglementaires restreintes. Lorsque ces fondations sont faibles, l’adoption de l’IA prend souvent la forme de projets financés par des donateurs, de plateformes contrôlées par des fournisseurs ou de systèmes « boîte noire » importés.
Implications et risques
Pour les personnes, l’IA offre la promesse d’améliorer les diagnostics de santé, l’éducation personnalisée et des services publics plus accessibles. Cependant, lorsque les communautés africaines sont absentes des ensembles de données, les systèmes formés ailleurs peuvent mal classifier, exclure ou déformer la réalité vécue. Cela souligne le risque d’adoption de l’IA contrôlée par des fournisseurs lorsque les fondations locales sont faibles.
Pour l’économie, l’IA peut accroître la productivité et créer de nouvelles formes de travail, mais les gains risquent de se concentrer là où les compétences, le capital et les écosystèmes d’innovation existent déjà. Les pays incapables d’investir dans l’infrastructure, la recherche et les entreprises locales risquent d’être enfermés dans des rôles de faible valeur dans les chaînes de valeur mondiales de l’IA.
En ce qui concerne la gouvernance, l’IA peut renforcer l’administration publique et la prise de décision, mais seulement lorsque les institutions peuvent auditer les systèmes, faire respecter la responsabilité et fournir des voies significatives pour des recours. Dans des contextes à faible capacité, les gouvernements peuvent devenir dépendants de systèmes qu’ils ne peuvent pas comprendre, adapter ou contester, ce qui affaiblit à la fois la souveraineté et la confiance du public.
Un choix, pas une fatalité
Le PNUD ne considère pas cette issue comme inévitable. Que l’IA réduise ou élargisse les inégalités dépend de la manière dont les gouvernements séquencent l’action, investissent dans des fondations solides et conçoivent des cadres qui placent les personnes au centre du changement technologique.
Ubuntu comme réponse centrée sur l’Afrique
Il est essentiel d’adopter un cadre de gouvernance qui traite l’IA comme relationnelle et sociale plutôt que purement technique ou propriétaire. Ce cadre reconnaît que les systèmes d’IA sont des arrangements socio-techniques qui façonnent les relations entre les États, les entreprises, les institutions et les communautés.
Les publications à venir sur le « Cadre d’IA Ubuntu » et le « Scorecard d’IA Ubuntu » visent à répondre à ce défi. Ces outils sont ancrés dans l’éthique africaine de l’Ubuntu et sont le résultat d’une réflexion collective plutôt que d’une conception descendante.
Opérationnaliser les capacités par le Scorecard d’IA Ubuntu
Le Scorecard d’IA Ubuntu traduit ces valeurs en normes mesurables, évaluant les partenariats en matière d’IA sur la propriété, les compétences, la souveraineté des données, la gouvernance et l’impact socio-économique. Il assure que l’Afrique soit co-créatrice et non seulement source de données.
Ce cadre s’aligne étroitement avec l’accent mis par le PNUD sur le séquençage et les points de départ, traitant la gouvernance comme un outil pour construire des capacités au fil du temps.
Conclusion
La « Prochaine grande divergence » est un avertissement sur ce qui se passe lorsque des technologies transformatrices se diffusent le long de lignes de fracture existantes. L’Afrique doit faire des choix explicites, exécutoires et orientés vers le développement, avant que la prochaine divergence ne devienne enracinée.