Révolution des votes par procuration : l’impact de l’IA sur la gouvernance d’entreprise

A shattered crystal ball with a glowing AI circuit board emerging from its center

Opinion : JPMorgan abandonne les sociétés de conseil aux actionnaires au profit de l’IA. Un tournant décisif

La gouvernance d’entreprise entre dans une nouvelle ère qui mettra à l’épreuve les principes qui sous-tendent la démocratie actionnariale.

La division de gestion d’actifs de JPMorgan Chase, qui supervise plus de 7 trillions de dollars d’actifs pour le compte de clients, a pris une décision conséquente. Elle a rompu ses liens avec les sociétés de conseil en vote par procuration et confiera désormais les recommandations de vote aux actionnaires à une plateforme d’IA propriétaire, Proxy IQ.

Cela ne constitue pas un simple changement opérationnel. C’est le dernier coup porté à un changement de pouvoir dans le domaine des procurations.

Depuis des décennies, des conseillers tels que Institutional Shareholder Services et Glass Lewis & Co. ont aidé à façonner les décisions sur les résultats de vote dans les entreprises publiques.

Les critiques soutiennent depuis longtemps que ces entreprises exercent une influence disproportionnée, avec une visibilité limitée sur leurs méthodologies et les conflits d’intérêts potentiels au sein de leurs lignes d’activité.

Des décideurs influents aux États-Unis sont d’accord. Un récent décret exécutif de la Maison Blanche demande aux régulateurs fédéraux de réévaluer le rôle de l’industrie des conseillers en procuration dans la gouvernance d’entreprise et d’envisager une transparence accrue ainsi que des normes fiduciaires renforcées.

Étant donné que le président et directeur général de JPMorgan a critiqué à maintes reprises les conseillers en procuration au fil des ans, on peut raisonnablement se demander pourquoi il a fallu tant de temps pour effectuer ce changement, et s’il existe un avantage économique.

Quoi qu’il en soit, lorsque l’IA commence à influencer les votes qui façonnent l’avenir des entreprises et des trillions de dollars d’actifs sous gestion, des questions difficiles se posent.

Les enjeux de l’IA dans le vote par procuration

Qui est responsable lorsqu’un vote piloté par l’IA produit des conséquences imprévues ? Comment les propriétaires bénéficiaires (les retraités et les investisseurs quotidiens dont les actions sont votées) peuvent-ils savoir si ces systèmes sont exempts de biais, résilients aux cyber-risques, transparents dans leur logique et fiables dans leurs conclusions ?

La pression du marché obligera probablement une plus grande divulgation sur la façon dont les systèmes de vote par procuration pilotés par l’IA sont formés. D’ici là, l’issue probable est une réduction de la transparence et une fragmentation accrue des résultats de vote par procuration. Pour les émetteurs, la vie deviendra plus difficile, pas plus facile.

Bien que le mouvement de JPMorgan ne concerne que le processus de vote par procuration aux États-Unis, les implications sont tout aussi urgentes pour d’autres régions.

Les régulateurs canadiens ont clairement indiqué que les obligations fiduciaires existantes s’appliquent si et quand les gestionnaires d’actifs utilisent des systèmes d’IA.

Le vote par procuration façonne les décisions sur les fusions et acquisitions, les engagements en matière de durabilité, la composition du conseil d’administration et la rémunération des dirigeants. Ce sont des questions qui définissent l’activité des marchés de capitaux, le but des entreprises et l’impact sociétal.

Principes pour une transition réussie

Trois principes doivent guider toute transition.

Tout d’abord, des normes claires en matière de responsabilité, de mitigation des biais et de résilience aux cyber-risques sont essentielles lorsque des algorithmes votent au nom des bénéficiaires.

Deuxièmement, les entreprises utilisant l’IA doivent divulguer leur approche au public, dont elles gèrent ou cherchent à attirer le capital. Protéger les systèmes de vote par procuration pilotés par l’IA de l’examen public risque simplement de remplacer une boîte noire par une autre. Les clients et le marché ont le droit de comprendre les intrants, les garde-fous, les protocoles d’escalade et comment les exceptions sont gérées.

Enfin, les conseils d’administration doivent s’engager de manière proactive pour naviguer dans l’état actuel d’ambiguïté.

Au cours de la saison des procurations de 2025, les propositions de gouvernance liées à l’IA sur les bulletins canadiens sont passées de zéro l’année précédente à des chiffres à deux chiffres. Bien qu’aucune n’ait été adoptée et que le soutien moyen soit resté modeste, la tendance est claire. Les actionnaires veulent un contrôle et une responsabilité concernant le déploiement de l’IA dans le processus de gouvernance.

En même temps, nous devons reconnaître le risque d’exclusion involontaire. Un retrait total de l’expertise externe pourrait désavantager les petits investisseurs, en particulier lorsque les ressources internes pour la recherche en gouvernance sont limitées. Une transition réfléchie doit préserver l’accès à des analyses de haute qualité sur le marché.

La décision de JPMorgan ne sera pas la dernière. Le modèle de conseil par procuration est sous pression et l’IA accélérera sa transformation.

La question n’est plus de savoir si l’IA redéfinira la gouvernance d’entreprise, mais plutôt comment et à quel coût.

Les enjeux sont clairs. La révolution des procurations a commencé. Si cela est bien fait, l’IA peut renforcer la gouvernance pour des générations. Si cela est mal fait, cela pourrait démanteler les fondements mêmes de la démocratie actionnariale.

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