Privilège et Renonciation en IA : Ce Que Disent Vraiment les Tribunaux (Et Ce Qu’ils Ne Disent Pas)
Lorsqu’un juge a statué que les documents créés par un accusé criminel via une plateforme d’IA n’étaient pas protégés par le privilège avocat-client, cela a généré beaucoup d’attention dans la communauté juridique. Beaucoup de praticiens ont interprété cette décision comme une affirmation globale : l’utilisation d’outils d’IA renonce au privilège. Cependant, cette interprétation est une exagération de ce que cette décision implique réellement.
La Décision Heppner : Plus Étroit Qu’il N’y Paraît
Dans l’affaire Heppner, le juge a décidé que les documents créés par un accusé à travers une plateforme d’IA n’étaient protégés ni par le privilège avocat-client ni par la doctrine du travail produit. Cette décision reposait sur plusieurs faits spécifiques, notamment que l’accusé avait utilisé un outil d’IA public qui ne fournit pas de conseils juridiques et dont la politique de confidentialité autorise la collecte de données.
Le tribunal a identifié trois lacunes indépendantes concernant le privilège : la plateforme n’était pas un avocat, les termes de la plateforme contredisaient toute attente raisonnable de confidentialité, et l’accusé n’avait pas l’intention d’obtenir des conseils juridiques.
La Décision Warner : Le Contrepoids Civil
Une semaine plus tard, dans l’affaire Warner, un juge a atteint un résultat différent dans une affaire civile. Une partie s’étant représentée elle-même avait utilisé un outil d’IA pour préparer des documents juridiques. Lorsque la partie adverse a demandé la découverte de ces documents, le tribunal a refusé la demande, déclarant que les matériaux n’étaient pas découverts sous la protection du travail produit.
La cour a également affirmé que l’utilisation d’IA ne renonçait pas à la protection du travail produit, car les outils d’IA sont des « outils, pas des personnes », et la renonciation nécessite une divulgation à un adversaire.
La Réelle Distinction : Ce N’est Pas l’IA, C’est Comment Vous L’Utilisez
Les décisions Heppner et Warner arrivent à des conclusions opposées non pas parce qu’une affaire dit que l’IA ne peut jamais être privilégiée, mais en raison des circonstances spécifiques dans lesquelles les outils d’IA ont été utilisés. Dans Heppner, l’accusé a utilisé une plateforme d’IA publique de son propre chef, tandis que dans Warner, une partie s’étant représentée elle-même a utilisé l’IA comme partie intégrante de sa préparation juridique.
Risques Réels : Outils d’IA Publics et Commerciaux
Il existe un véritable risque de renonciation lors de l’utilisation d’outils d’IA publics ou commerciaux, car les termes de ces plateformes indiquent clairement que les informations des utilisateurs ne sont pas privées. Si des informations confidentielles sont divulguées par le biais d’un outil d’IA non sécurisé, cela peut constituer une renonciation au privilège.
Implications Pratiques
Les avocats et les entreprises utilisant l’IA devraient se concentrer sur plusieurs points :
- Utiliser des outils d’IA d’entreprise ou des outils avec des accords de confidentialité explicites.
- Mettre en œuvre des instances sécurisées pour les interactions impliquant des questions juridiques.
- Documenter clairement que les matériaux ont été créés en prévision du litige.
- Éviter de divulguer des informations confidentielles sur des plateformes d’IA publiques.
Conclusion
Aucune des deux affaires ne met fin à la discussion sur la sécurité de l’utilisation de l’IA en matière de privilège. L’analyse du privilège dépend toujours des mêmes facteurs : s’il y a eu une communication confidentielle avec un avocat et si les matériaux ont été créés en anticipation d’un litige.