AI dans l’Arbitrage : La Loi sur l’IA de l’UE Va-t-elle Entraver l’Exécution ?
La Commission Européenne a franchi une étape sans précédent en réglementant l’intelligence artificielle (IA) grâce à la Loi sur l’IA de l’UE, qui constitue le premier cadre juridique complet au monde pour la gouvernance de l’IA. Selon le considérant 61, l’article 6(2) et l’annexe III, 8(a), les outils d’IA utilisés dans les processus décisionnels juridiques ou administratifs — y compris la résolution alternative des conflits (ADR) — sont considérés comme à haut risque. Ces outils doivent se conformer à des exigences strictes énoncées dans les articles 8 à 27.
Ces dispositions visent à garantir transparence, responsabilité et respect des droits fondamentaux. Cette obligation entrera en vigueur le 2 août 2026. Notamment, l’ampleur extraterritoriale de la loi, comme indiqué dans les articles 2(1)(c) et (g), s’applique à tout système d’IA qui affecte des individus au sein de l’Union Européenne, peu importe où le système est développé ou utilisé.
Conflit Juridique Potentiel
Cette situation soulève une question cruciale : la non-conformité à la Loi sur l’IA de l’UE peut-elle servir de base aux tribunaux des États membres de l’UE pour refuser la reconnaissance ou l’exécution d’une sentence arbitrale pour des raisons procédurales ou d’ordre public ?
Considérons le scénario suivant : deux entreprises technologiques basées dans l’UE, une belge et une allemande, conviennent de résoudre leurs différends par le biais d’un arbitrage situé aux États-Unis. Si le centre ADR utilise des outils d’IA qui ne respectent pas les exigences du système à haut risque de la Loi sur l’IA de l’UE, comment l’exécution de la sentence résultante se déroulera-t-elle devant les tribunaux nationaux de l’UE ?
Scénarios d’Exécution
Ce scénario présente un conflit juridique direct. Si la partie gagnante cherche à faire exécuter la sentence devant un tribunal d’un État membre de l’UE, deux motifs juridiques bien établis pour refuser l’exécution peuvent surgir.
Premièrement, la partie perdante peut invoquer l’article V(1)(d) de la Convention de New York de 1958, soutenant que la dépendance à des systèmes d’IA non conformes constitue une irrégularité procédurale. Cela pourrait compromettre l’intégrité du processus arbitral.
Deuxièmement, en vertu de l’article V(2)(b) de la Convention, le tribunal d’exécution peut refuser la reconnaissance de sa propre initiative s’il trouve que l’utilisation d’IA non conforme viole l’ordre public du forum, en particulier lorsque des droits fondamentaux ou l’équité procédurale sont en jeu.
Scénario 1 : Irrégularité Procédurale
Imaginons que le centre ADR utilise un outil d’IA pour aider le tribunal à rédiger la sentence. Si ce système d’IA produit des conclusions sans explication humaine lisible, la partie perdante peut contester l’exécution de la sentence en invoquant l’article V(1)(d) de la Convention de New York.
Selon l’article 1721(1)(d) du Code judiciaire belge, un recours peut être introduit si la sentence manque de raisonnement approprié, ce qui va à l’encontre d’une garantie procédurale fondamentale. Le fait que la sentence repose sur des conclusions générées par IA, sans transparence, peut rendre le raisonnement inaccessible et légalement inadéquat.
Scénario 2 : Politique Publique
Dans ce scénario, un tribunal peut refuser de faire exécuter la sentence s’il la considère contraire à l’ordre public, comme le prévoit l’article V(2)(b) de la Convention de New York. Cela se produit lorsque des principes fondamentaux de justice sont violés.
Si un tribunal s’appuie sur des systèmes d’IA non transparents sans divulgation de leur utilisation, cela peut violer le droit à un procès équitable garanti par l’article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne.
Conclusion
Les interactions entre la Loi sur l’IA de l’UE et l’exécution des sentences arbitrales soulignent comment la régulation technologique façonne le concept d’équité procédurale dans la résolution des conflits transfrontaliers. Que la loi devienne un catalyseur de normes mondiales ou une source de friction juridictionnelle, les parties et les institutions ne peuvent ignorer ses exigences.