L’Afrique écrit des règles d’IA plus vite que le reste du monde ne le remarque
Le récit dominant concernant la gouvernance de l’intelligence artificielle en Afrique est que le continent est à la traîne. Cette supposition est de plus en plus erronée. À plusieurs égards, les gouvernements africains agissent plus tôt et plus délibérément que de nombreuses juridictions du Nord global, en utilisant la loi sur la protection des données, les contraintes à la prise de décision automatisée, la politique de numérisation du secteur public, les normes d’approvisionnement et les stratégies nationales en matière d’IA pour façonner la manière dont les systèmes d’IA sont construits, déployés et contestés.
Le véritable risque auquel l’Afrique est confrontée n’est pas le retard, mais la gouvernance sans pouvoir. Par pouvoir, j’entends le levier qui rend les règles contraignantes. Les cadres juridiques et institutionnels qui fonctionnent comme une réglementation de l’IA sont déjà en vigueur, même s’ils ne sont pas désignés comme tels. Les lois sur la protection des données, les règles régissant le profilage et les décisions automatisées, les régimes de cybersécurité et les exigences d’approvisionnement public façonnent ce qui peut être construit, entraîné, déployé et contesté.
Pistes divergentes de gouvernance
Les États africains répondent à ce dilemme de différentes manières. Certains fonctionnent comme des bâtisseurs d’État stratégiques. D’autres opèrent comme des gouverneurs alignés sur le marché, concevant une gouvernance numérique et adjacente à l’IA pour rester lisibles par des blocs réglementaires plus larges. Enfin, il existe des démocraties prudentes ancrées dans les droits, ainsi que des précurseurs normatifs ambitieux avec une gravité de marché limitée.
Ces choix de gouvernance sont importants car les systèmes d’IA ne deviennent pas intelligents dans l’abstrait. Ils deviennent intelligents grâce aux données, à la langue et au contexte. Pour certains pays, la gouvernance ne concerne donc pas seulement la gestion des risques, mais aussi la manière dont les systèmes de connaissance africains et la diversité linguistique sont traités comme des intrants essentiels dans les systèmes d’IA.
Implications et risques
Le dilemme de gouvernance est exacerbé par la position matérielle de l’Afrique dans l’économie de l’IA. Plusieurs États africains possèdent d’abondantes ressources énergétiques, d’eau et de terres, essentielles au placement des centres de données. De plus, l’Afrique a la population la plus jeune du monde, ce qui influencera la manière dont les systèmes d’IA sont entraînés, modérés, déployés et maintenus.
Pour obtenir un levier, la coordination continentale est cruciale, mais l’influence ne passera pas par une seule institution. Les communautés économiques régionales, les arrangements commerciaux numériques transfrontaliers et les pratiques d’approvisionnement coordonnées fonctionnent déjà comme une infrastructure de gouvernance.
Conclusion
La question est de savoir si l’Afrique reste un site d’adoption ou devient un site de définition des règles. Les efforts de gouvernance précoces en Afrique remettent en question l’hypothèse selon laquelle le leadership réglementaire doit suivre la dominance technologique. Sans coordination traduisant la souveraineté en pouvoir de négociation, certains des cadres de gouvernance de l’IA les plus réfléchis au monde pourraient façonner des documents locaux plutôt que des systèmes globaux.