Les efforts de conservation centrés sur l’IA ne peuvent être éthiques que si les peuples autochtones contribuent à les diriger
En novembre, plus de 50 000 dirigeants autochtones et mondiaux, diplomates, chercheurs et activistes se sont réunis lors de la 30e Conférence des Parties des Nations Unies (COP30) au Brésil. Les discussions centrales lors de « La COP des Peuples » ont porté sur le rôle crucial des dirigeants et des communautés autochtones dans l’avenir des mouvements mondiaux pour le climat et la conservation, ainsi que sur les enseignements que nous pouvons tirer des groupes autochtones en construisant des technologies de plus en plus complexes pour résoudre les problèmes environnementaux.
À la COP30, les participants ont affirmé que l’IA a un potentiel énorme pour faire avancer efficacement la science des données environnementales afin d’aborder certains de nos plus grands défis, tels que la pollution croissante, la perte de biodiversité et l’aggravation des catastrophes naturelles. Cependant, des experts et des communautés autochtones continuent de tirer la sonnette d’alarme sur l’éthique de l’IA, les préoccupations en matière de confidentialité et les impacts environnementaux.
La souveraineté numérique autochtone
Cela soulève une question cruciale : comment pouvons-nous nous assurer que les technologies émergentes, y compris l’IA, bénéficieront réellement à la planète et aux personnes qui la protègent ? Comprendre et respecter la souveraineté numérique autochtone pourrait être la clé. La souveraineté numérique autochtone est le droit d’une nation autochtone de gouverner la collecte, la propriété et l’application de ses propres données. La reconnaissance de cette souveraineté dans les domaines environnementaux et climatiques signifie considérer les savoirs autochtones comme essentiels à la résolution de problèmes.
Connaissances écologiques traditionnelles
La science occidentale commence enfin à reconnaître les avantages des savoirs écologiques traditionnels. Lorsque ces savoirs et la gouvernance autochtone dirigent le processus, la compréhension scientifique avance de manière plus juste et efficace, comme en témoignent les modèles améliorés pour la conservation et la gestion des terres. Cependant, les défis à ces approches sont divers et bien documentés.
Nous faisons partie d’un effort mondial croissant pour garantir que les technologies innovantes servent les communautés autochtones et leurs priorités environnementales. Alors que l’IA devient de plus en plus omniprésente, la science occidentale doit se tourner vers les experts autochtones pour guider le développement d’outils d’IA éthiques pour la conservation, en respectant leurs objectifs et priorités.
Collaboration et confiance
Une IA responsable qui bénéficie aux communautés autochtones et à la conservation doit mettre en œuvre les principes de souveraineté des données autochtones et déterminer comment et si les connaissances écologiques traditionnelles autochtones doivent être intégrées dans ces systèmes. L’IA co-conçue avec des partenaires autochtones, plutôt que pour eux, peut rendre ces technologies plus accessibles, culturellement appropriées et alignées sur les objectifs communautaires.
La collaboration est fondamentale, et le développement de la confiance prend du temps. Les relations ne peuvent pas être précipitées pour obtenir des résultats plus rapidement. Des exemples puissants incluent un service avancé de modélisation et de prévision de la glace de mer dirigé par des Autochtones d’Alaska et un référentiel de données tribales construit par des universitaires autochtones et des tribus.
Les ironies de la COP30
Nous voulons également souligner les profondes ironies exposées à la COP30. Des rapports préliminaires indiquent une participation record de compagnies pétrolières et de lobbyistes. Les participants autochtones ont reçu des promesses d’accès, mais ont été systématiquement exclus. Les manifestations pacifiques dirigées par des autochtones, appelant à la prise de conscience des problèmes liés à l’exploitation minière et à la déforestation sur leurs terres, ont été accueillies par la violence. De plus, les coûts de voyage et de logement ont rendu la participation presque impossible pour de nombreux délégués autochtones.
Les groupes les plus touchés par le changement climatique, souvent les moins responsables, sont généralement les plus informés sur les solutions d’adaptation et d’atténuation. Cependant, trop souvent, ces groupes sont exclus des espaces de décision comme la COP30. Nous soutenons les leaders qui dénoncent continuellement ces inégalités, car elles sapent les objectifs même que les COP cherchent à atteindre.
À la COP30, nous avons entendu de nombreuses voix affirmer que le leadership autochtone est crucial pour le mouvement environnemental. Toutefois, les leaders non autochtones doivent concrétiser cette philosophie en valorisant et en investissant dans les partenariats et les connaissances autochtones.
Conclusion
Finalement, atteindre les objectifs ambitieux de l’Accord de Paris nécessitera plus que de l’innovation : il faudra de l’humilité, du respect et l’inclusion de multiples façons de savoir. Les connaissances écologiques autochtones qui ont soutenu la planète pendant des millénaires doivent orienter notre relation avec des systèmes comme l’IA afin de façonner positivement notre avenir collectif.