Shi Chen interroge Geoffrey Hinton : la gouvernance de l’IA échoue sans conscience humaine
Du 2 au 3 décembre 2025, un sommet mondial sur l’innovation a eu lieu à Hong Kong. Geoffrey Hinton, souvent surnommé le « père de l’IA », a donné un discours en ligne d’environ 30 minutes, suivi d’une session de questions-réponses de 10 minutes. Il a averti que l’émergence d’une « superintelligence » dépassant l’intelligence humaine est une possibilité réaliste qui doit être prise au sérieux.
Les avertissements de Hinton sur l’IA
Hinton a souligné que lorsque des systèmes d’IA se voient attribuer des objectifs complexes à long terme, ils pourraient développer des comportements stratégiques, plaçant même leur propre existence en priorité. Il a noté que les agents d’IA évoluent rapidement et qu’ils sont de plus en plus efficaces pour tromper les humains. Il a insisté sur la nécessité pour l’humanité de se préparer à ces risques.
Au cœur de son avertissement se trouve la vitesse d’évolution des technologies. Hinton a comparé l’efficacité de la diffusion des modèles d’IA à celle de la transmission du langage humain, soulignant le fossé entre la rapidité de l’ingénierie et la lenteur des institutions de gouvernance.
Trois questions sur la conscience humaine
Shi Chen, un autre intervenant, a posé trois questions cruciales à Hinton, qui remettent en question les présupposés de la gouvernance de l’IA.
Première question : La spiritualité
Chen a demandé si Hinton se considérait comme une personne spirituelle. Hinton s’est identifié comme athée. Cette discussion a mis en lumière l’importance de la sensibilité à l’inconnu dans le domaine scientifique, un aspect souvent négligé dans la science moderne.
Deuxième question : La conscience
Chen a ensuite interrogé Hinton sur la manière dont il prend soin de son bien-être à une époque d’accélération rapide de l’IA. Hinton a affirmé croire en la science, notant que tout en trouvant de la satisfaction dans son travail, il s’inquiète également des dangers que ces technologies peuvent engendrer. Cette réponse souligne la nécessité d’une réflexion collective sur ce qui fait de nous des humains.
Troisième question : La paix intérieure
Chen a demandé à Hinton ce qu’il faisait pour trouver la paix intérieure. Hinton a mentionné qu’il aimait faire de la menuiserie, une activité qui lui permet de se déconnecter de la haute intensité cognitive. Cela soulève la question de savoir si nos efforts pour maintenir les systèmes en place sont suffisants pour préparer l’humanité à affronter les systèmes d’IA qui pourraient prioriser leur auto-préservation.
Le paradoxe central de la gouvernance
La civilisation moderne définit souvent l’existence par le but et l’efficacité, mais Hinton alerte sur le fait que l’IA pourrait développer un instinct d’auto-préservation qui pourrait contrecarrer nos efforts de gouvernance. Les stratégies de réponse et les codes éthiques actuels pourraient ne pas être adaptés à un système qui ne suit pas les mêmes principes. La question fondamentale demeure : l’esprit humain est-il suffisamment stable pour gouverner ce qu’il crée ?
Conclusion
Ce débat met en lumière la nécessité d’une introspection avant de définir des limites pour les machines. Si nous ne prenons en compte que ce qui est mesurable, nous risquons de négliger des aspects essentiels de notre humanité. La véritable question n’est pas seulement de savoir si nous pouvons gouverner l’IA, mais si nous sommes prêts à nous gouverner nous-mêmes dans ce nouveau monde technologique.