Équilibrer promesse et risque : Pourquoi l’Alberta a besoin de sa propre loi sur l’IA
Au cours des dernières années, l’intelligence artificielle (IA) a envahi notre quotidien, influençant tout, des cours universitaires aux publications sur les réseaux sociaux. Les leaders technologiques et les décideurs politiques présentent cette évolution comme inévitable, une avancée technologique que nous ne pouvons ignorer, prétendant que toute résistance freine inutilement la croissance. L’IA est ainsi devenue notre nouvelle norme, tandis que les risques associés demeurent souvent cachés derrière le vernis de l’innovation et de la commodité.
Bien que l’IA ait le potentiel de générer d’innombrables avancées, son absence de régulation peut engendrer des préjudices bien plus importants que ses bénéfices. Il est crucial que l’Alberta mette en place une réglementation sur l’IA à travers une loi provinciale adaptée aux besoins spécifiques de la province. Cela garantirait un maximum de bénéfices tout en évitant les pièges d’une technologie incontrôlée.
Importance de la gouvernance de l’IA
La gouvernance de l’IA devrait fonctionner comme l’un de ces garde-fous. Le professeur de l’Université de l’Alberta, Blair Attard-Frost, décrit cette pratique comme un moyen de maximiser les avantages tout en minimisant les dommages que les systèmes d’IA peuvent causer aux individus et aux groupes. Cependant, la plupart des initiatives de gouvernance de l’IA échouent à répondre aux besoins de la société civile, excluant souvent les contributions citoyennes des discussions.
Attard-Frost souligne, à travers ses travaux sur la contre-gouvernance, que les communautés doivent avoir le pouvoir de questionner et de remodeler les systèmes d’IA qui perpétuent des dommages. Sans ces vérifications, l’IA peut renforcer les inégalités, exploiter les données personnelles et prendre des décisions sans tenir compte de leur impact sur la vie des gens. Cela est déjà évident dans les industries créatives, où l’IA générative a été formée sur des millions d’œuvres d’artistes sans consentement ni compensation, soulevant de sérieuses questions éthiques concernant la propriété intellectuelle.
Un besoin urgent de législation provinciale
L’Alberta fait face à des circonstances uniques qui rendent nécessaire une législation provinciale. Un exemple frappant est l’utilisation par le Service de police d’Edmonton de l’IA générative pour créer une image faciale d’un suspect basée sur le phénotypage ADN. Cette image a été largement critiquée pour avoir renforcé le profilage racial, et la plateforme a dû la retirer. Cet incident illustre comment une seule décision prise par une IA non régulée peut avoir des conséquences significatives, en particulier pour les communautés marginalisées.
Le gouvernement fédéral canadien a fait des premiers pas pour réguler l’IA avec son projet de loi C-27, la Loi sur l’intelligence artificielle et les données (AIDA). Cependant, cette loi n’a jamais été mise en œuvre en raison de la récente élection anticipée de 2025 qui a annulé tous les projets de loi en attente. De plus, l’AIDA laisse trop de lacunes avec des définitions vagues de ce qui constitue des systèmes à « haut impact ». Les secteurs publics, notamment la santé, l’éducation et la police, essentiels nécessitant des régulations, sont exclus de l’AIDA.
Leçons à tirer
Les lacunes laissées par les gouvernements plus importants dans leur législation montrent les erreurs que l’Alberta doit éviter. Le Bureau du commissaire à l’information et à la protection de la vie privée de l’Alberta (OIPAC) a déjà recommandé des mesures de sécurité qu’une loi provinciale sur l’IA pourrait adopter, telles que des options de désinscription pour les individus, une transparence sur l’utilisation de l’IA, et des lignes de responsabilité claires pour les décisions prises par les algorithmes. La mise en œuvre de ces mesures ne ralentirait pas l’innovation ; au contraire, elle favoriserait la confiance du public et établirait des normes pour les développeurs et les entreprises.
Alors que l’IA façonne déjà nos vies quotidiennes, son influence continuera de croître à travers nos politiques gouvernementales et nos services publics. C’est pourquoi des lois locales robustes sont nécessaires pour atténuer les risques liés à nos droits à la vie privée et aux problèmes de discrimination. L’Alberta a une opportunité unique de construire un cadre qui protège les citoyens tout en garantissant l’innovation. Ce n’est qu’à travers cette législation que les Albertains pourront véritablement bénéficier des aspects positifs de l’IA.