Dauphins hongrois : Le premier cas juridique de droit d’auteur sur l’IA en Europe
Un éditeur hongrois a demandé à un chatbot IA de résumer son article concernant le rêve d’un chanteur hongrois de ramener des dauphins d’eau douce de l’Amazonie au lac Balaton. Le chatbot a accepté. Cependant, l’éditeur n’a pas donné à Google l’autorisation explicite d’utiliser l’article, ce qui a conduit à un procès.
Le cas a été renvoyé à la Cour de justice de l’Union européenne, où une audience est prévue. Bien que cette affaire ne soit pas la dernière sur le conflit entre les développeurs d’IA et les éditeurs, le verdict représentera le premier jugement majeur clarifiant la manière dont les règles de droit d’auteur européennes s’appliquent à l’IA.
Contexte juridique
Aux États-Unis, des tribunaux ont déjà rendu deux décisions importantes concernant des entreprises technologiques, les exonérant de violations de droits d’auteur. Les États-Unis permettent l’« usage équitable », qui autorise l’utilisation non licenciée d’extraits de matériel protégé pour des commentaires, critiques ou recherches. En Europe, la directive sur le droit d’auteur offre des protections supplémentaires aux détenteurs de droits. Bien qu’elle autorise le text and data mining commercial dans certains cas, les détenteurs de droits peuvent choisir de s’y opposer.
La nouvelle loi sur l’IA de l’UE a élargi ces possibilités d’opt-out pour l’entraînement des chatbots. Cependant, des questions juridiques demeurent quant aux limites de ce qui constitue une violation de droit d’auteur, tant dans l’entraînement que dans le déploiement des modèles d’IA.
Questions clés du cas
Les juges devront décider si l’entraînement d’un modèle d’IA génératif relève de l’exception commerciale de text and data mining ou si les éditeurs doivent être rémunérés pour cet entraînement. Les questions centrales sont : Google a-t-il utilisé le contenu de l’article pour entraîner son modèle d’IA, et le résultat a-t-il généré une « communication non autorisée au public » ? Selon l’éditeur, Google a utilisé son matériel protégé pour entraîner le chatbot au-delà de ce qui est autorisé, puis a diffusé ce contenu sans autorisation.
Google, de son côté, soutient que même s’il a résumé l’article, cela ne constitue pas une communication à un « nouveau public ». Il argue également que la réponse du chatbot ne reproduit aucune partie de l’article, sauf quelques faits centraux, et insiste sur le fait que Gemini n’a pas été entraîné sur cet article au-delà des limites autorisées.
Implications et risques
Bien que la décision de la cour puisse avoir des répercussions importantes, certains analystes doutent que cette affaire soit celle qui établira un précédent. Il est « hautement improbable » que Gemini ait fourni ce résumé parce qu’il a été entraîné sur cet article protégé. Il est plus probable que le chatbot ait récupéré l’article en temps réel. Si cela est vrai, cela déplace le débat vers la question de savoir si la reproduction d’un texte protégé par un chatbot constitue une « communication non autorisée au public ». Certains experts estiment qu’un résumé d’un article accessible sur Internet ne peut guère être considéré comme une communication à un nouveau public.
Conclusion
Établir un précédent pour de nouvelles technologies est toujours délicat, et aucune affaire n’est parfaite pour permettre aux tribunaux de poser des règles claires pour l’avenir. Cette affaire ne clarifiera pas toutes les ambiguïtés du droit d’auteur européen et de l’IA, mais elle pourrait commencer à offrir des réponses nécessaires. Une décision erronée pourrait laisser l’Europe avec un environnement complexe pour les développeurs d’IA et sans protections claires pour les détenteurs de droits.