La boîte à outils réglementaire de la Chine pour l’acquisition de Manus par Meta : contrôle des fusions, examen de la sécurité nationale et contrôle des exportations technologiques
Le 29 décembre 2025, le géant technologique mondial Meta a annoncé l’acquisition de Manus, une start-up d’intelligence artificielle d’origine chinoise, pour plusieurs milliards de dollars.
Selon plusieurs rapports, Manus avait précédemment réalisé une série d’étapes de « restructuration offshore » tant au niveau organisationnel qu’opérationnel, notamment le transfert de son siège social à Singapour et l’arrêt de la fourniture de services en Chine. Ces mouvements ont rendu cette acquisition technologique transfrontalière structurellement plus complexe.
Les transactions commerciales transfrontalières sont soumises à une surveillance légale dans plusieurs juridictions, notamment par l’examen antitrust (aussi appelé contrôle des fusions) et l’examen de la sécurité nationale. Dans le secteur de l’intelligence artificielle, cette surveillance réglementaire s’étend souvent au-delà des critères traditionnels pour inclure le contrôle du flux transfrontalier des modèles algorithmiques, des données d’entraînement, des talents clés et des ressources informatiques.
1. Contexte : structure de la transaction et actifs visés
Manus a été lancé en mars 2024 et a rapidement attiré l’attention pour ses performances avancées dans la résolution de problèmes complexes. Pour atténuer les risques liés à l’examen CFIUS, Manus a effectué une restructuration offshore en juillet 2025. Dans ce cadre, le groupe a transféré son siège social et ses entités opérationnelles clés à Singapour.
Aucune information publique ne précise clairement la structure de la transaction. Les rapports suggèrent que l’accord pourrait prendre la forme d’un « acquihire » — une structure axée sur le recrutement des talents — afin de limiter l’exposition aux risques d’examen antitrust mondial.
2. Contrôle des fusions : dépôt obligatoire complété par un pouvoir d’appel
En vertu de la loi antimonopole de la Chine, un contrôle des fusions est requis lorsque la transaction constitue une concentration d’entreprises et que les entreprises impliquées génèrent un chiffre d’affaires en Chine continentale dépassant certains seuils statutaires.
Pour la transaction Meta/Manus, il est essentiel de déterminer si elle constitue une concentration d’entreprises. Si Meta acquiert le contrôle de Manus, ce sera le cas. Même sans contrôle par actions, une concentration peut être considérée si Meta obtient un contrôle substantiel sur Manus.
3. Examen de la sécurité nationale : application possible de mécanismes « fourre-tout »
Un examen de la sécurité nationale est déclenché lorsque l’investissement étranger « affecte ou peut affecter la sécurité nationale ». Si la transaction n’implique pas l’acquisition d’actions d’entités constituées en Chine continentale, l’application directe de ce mécanisme peut être limitée.
Cependant, la loi sur la sécurité nationale et celle sur la sécurité des données établissent des mécanismes permettant d’examiner des technologies clés et des activités de traitement des données susceptibles d’affecter la sécurité nationale.
4. Contrôles des exportations technologiques : surveillance continue avec responsabilités potentielles
Dans le cadre de la réglementation chinoise actuelle, les contrôles des exportations technologiques constituent un point opérationnel clé dans la transaction Meta/Manus. Les technologies interdites ne peuvent pas être exportées, tandis que celles soumises à des restrictions nécessitent un régime de licence.
Les autorités doivent identifier si les technologies détenues par Manus relèvent des technologies restreintes et si une exportation non autorisée a eu lieu.
5. Une transaction indicative : tracer le terrain réglementaire de l’IA en Chine
La transaction Meta/Manus est un indicateur majeur pour la régulation des technologies d’intelligence artificielle en Chine. Au-delà de l’évaluation d’un accord unique, ce cas reflète l’environnement réglementaire global et les choix stratégiques auxquels font face les entreprises technologiques chinoises lors de leur expansion mondiale.